par Franck Confino
A la tête de la cellule Accessibilité du Web de l’association BrailleNet1 (propriétaire du label AccessiWeb2), Pierre Guillou est au cœur de
toutes les questions relatives à l’accessibilité.
A travers un état des lieux sans concession, « Monsieur Accessibilité » dessine les contours
d’un avenir empli de belles perspectives.
Blog-territorial (B-T) : Comment êtes vous devenu « Monsieur Accessibilité » ?
Pierre Guillou (P.G) : Mon parcours m'a amené à
m'intéresser très tôt aux Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, via des applications très concrètes. De fil en aiguille, j'ai pris connaissance des aides qu'apportaient les nouvelles technologies aux personnes handicapées, notamment handicapées visuelles. C'est ainsi que j'ai rejoint l'association Braille.net, dont je suis devenu salarié en 2003, après y avoir été bénévole. A la direction de son département Accessibilité du Web, c'est en commençant à structurer les différentes approches de l'accessibilité qu'Accessiweb est né. Accessiweb n'est pas seulement un label. Ce sont des formations, un service d'information, des projets de recherche (ADELA, WAI-TIES) ou encore un concours comme les récents Trophées AccessiWeb qui avaient pour but d'informer les étudiants, ceux qui seront plus tard en charge de l'évolution du Web et des règles concernant l'accessibilité.
B-T : Les collectivités se tournent-elles spontanément et directement vers vous pour une expertise ?
P.G : Nous recevons énormément d'appels. Pour les personnes du service public, notre rôle est clair : celui d'un kiosque d'information proposant un bouquet de services et d'accompagnements possibles. Avec la récente obligation légale de rendre les sites publics accessibles, beaucoup de directeurs de la communication, webmestres et responsables territoriaux prennent connaissance de nos structures et nous contactent de facto.
Extrait n°1
B-T : Quel regard portez-vous sur la loi3 du 11 février 2005 ?
P.G : En fait, nous ne sommes concernés que par l’article 47 de cette loi. Cet article, qui concerne les sites publics, est à mon sens assez bien formulé puisqu'il impose d'abord une obligation, ensuite un cadre méthodologique (le référentiel4 Accessibilité de l’ADAE), et enfin un délai de trois ans pour la mise en conformité. Mais c'est surtout le décret d'application qui permettra d'assurer réellement le respect de la loi.
B-T : A ce jour, combien de collectivités affichent le label AccessiWeb ?
P.G : Il faut différencier les sites qui affichent un respect des critères, par exemple le label AccessiWeb, de ceux qui respectent effectivement les critères du référentiel d'accessibilité… et qui sont certainement plus nombreux. Le label n'étant pas obligatoire, on dénombre actuellement 14 sites l'affichant (je ne dispose pas de statistiques concernant les autres).
B-T : Parmi les différents outils d'accessibilité, certains vont-ils s'imposer comme des « standards » ?
P.G : Aujourd'hui, le champ de l'accessibilité a passé un cap. Tout le monde est plus ou moins informé d'une obligation et d'une définition générale de l'accessibilité. Maintenant nous entrons dans le cap industriel. Quels sont les outils nous permettant de rendre les sites accessibles en masse ? Il faut des outils qui, même s'ils ne peuvent pas tout faire, doivent aider les développeurs de sites. Parmi eux, il y a la première gamme, qui est la base : l'outil d'évaluation. Il peut être automatique et en ligne, et permet alors d’obtenir un rapport d'évaluation du site en spécifiant simplement son URL. Il peut également être manuel, comme les barres s’intégrant dans Internet Explorer ou Firefox, et permettre de vérifier, point par point, chaque critère d'accessibilité. Ces deux types d'outils sont la base de tout en matière d'accessibilité.
Extrait n°2
B-T : Les efforts et moyens actuellement engagés par les collectivités vous semblent-ils suffisants ?
P.G : Il y a différents niveaux. En France, bien que légèrement en retard par rapport aux pays nordiques, nous avons enfin un cadre légal. Le plus intéressant est sans doute le cadre méthodologique, avec un référentiel. Il manque aujourd'hui la phase réelle d'implémentation. Certes, elle prend forme, mais reste encore insuffisante… notamment parce qu'il va falloir accompagner les collectivités. Si le discours tenu aux collectivités est « prenez ce référentiel et appliquez-le », cela ne fonctionnera pas. L'accessibilité demande que les personnels soient formés et que la chaîne de production de l'information électronique soit revue, au sein des services, de manière à s'assurer que ce qui est mis en ligne soit accessible, et de manière pérenne. Nous ne serons donc réellement optimistes que lorsque le service public se dotera de moyens pour réellement aider les collectivités à faire le pas… et pas seulement en se contentant de leur remettre un document ! Il faut passer à cette étape d'accompagnement.
B-T : Quelle structure d'Etat pourrait jouer ce rôle ?
P.G : A ce jour et à ma connaissance, il n'y en a pas. L'ADAE qui était à l'origine du référentiel, et avec qui nous avons co-écrit ce document, s'est aujourd'hui transformée en Direction générale pour la Modernisation de l'Etat (DGME)…
et je n'ai pas eu vent de l'existence d'un « Monsieur Accessibilité » à la DGME. D’ailleurs, les collectivités appellent directement l’association BrailleNet et ne cherchent pas à joindre la DGME. Puisqu’il n’y a pas de service public mis en place pour aider les collectivités, l’association BrailleNet joue de facto ce rôle-là.
B-T : Pour jouer ce rôle, n'auriez-vous pas désormais vocation à être rattachés à un service public ?
P.G : Bien sûr ! C'est une mission que nous assumons déjà en pratique depuis de nombreuses années. Encore faudrait-il que nous recevions une demande officielle de l'Etat…
Extrait n°3
B-T : Quelles sont les perspectives des cinq prochaines années ?
P.G : L'harmonisation au niveau européen va être un vrai moteur pour l'intégration des personnes handicapées, mais aussi des seniors et de toutes les populations qui peuvent être déphasées par rapport à la société de l'information. L'Europe a une exigence très forte envers toutes ces personnes et a enclenché des plans très clairs :
1)L'utilisation des normes internationales (notamment celles du W3C/WAI5).
2)L'harmonisation des méthodologies d'application de ces normes dans tous les pays d'Europe. A cet effet, BrailleNet a participé au projet européen Support-EAM6 dont l'objectif était d'harmoniser l'évaluation des sites dans différents pays et proposer une stratégie pour la création d’une marque de qualité en Europe. La première version de cette méthodologie7 sera officiellement publiée cet été.
3)A l'instar des contrôles qualité dans une chaîne de production : le contrôle de l'accessibilité des sites Web public. L'objectif est de voir s'ils augmentent leur niveau d'accessibilité mais aussi le conservent. A ce titre, nous avons étudié, toujours au sein de Support-
Extrait n°4 B-T : Pour conclure, quelle serait votre définition de l'accessibilité ? P.G : Celle de Tim Berners-Lee9, le père du W3C « permettre à toute personne quelle qu’elle soit de disposer de la même information, quel que soit son moyen d'accès ». Il faudra savoir différencier ce qu'est l'information de sa mise en page, au-delà du clivage personnes handicapées / non handicapés qui est un faux débat. Dans une société où les moyens d'information se diversifient, les gens y accèdent par différents terminaux numériques : PDA, GSM, télévision numérique, etc. A la question « faudra-t-il faire autant de sources d'informations qu'il y a de moyens d'accès ? », la réponse est bien évidemment non. Une même information accessible par tous, quels que soient les moyens d'accès : telle est la définition universelle… qui dépasse le cadre des personnes handicapés, même s’il est à l'origine de cette réflexion. Tout le monde est concerné. 1 Association BrailleNet : http://www.braillenet.org
EAM, différents modes de certification, en proposant plusieurs schémas8. L'Europe devrait prendre position prochainement et il n'est pas impossible qu'il y ait une direction choisie qui s’appliquerait à tous les sites.
Nous verrons sûrement naître un label européen et la suppression des frontières de l'accessibilité grâce à l'harmonisation. Qui dit harmonisation dit possibilité d'innovation. Les industriels multimédia se mettront donc enfin à intégrer l'accessibilité au sein de leurs produits. Ils pourront le faire parce que ce sera la même accessibilité dans tous les pays d'Europe : ils n’auront pas besoin de développer différentes versions pour chaque pays comme c’est actuellement le cas. Cela représentera des économies substantielles de développement. Comme l'ont réaffirmé les pays européens à la conférence de Reagan, tous les outils d'accessibilité devront être opérationnels en 2010.
2 AccessiWeb : http://www.accessiweb.org
3 Loi n° 2005-102 : http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=SANX0300217L
4 Référentiel Accessibilité ADAE: http://www.adele.gouv.fr/spip/article.php3?id_article=246.
5 WCAG de W3C/WAI: http://www.w3.org/WAI/intro/wcag.php
6 Projet Support-EAM : http://www.support-eam.org
7 UWEM (Unified Web Evaluation Methodology) : http://www.wabcluster.org/
8 Lire le document officiel sur la certification de l’accessibilité des sites Web en Europe : http://www.accessiweb.org/_repository/files/version_francaise_CWA_WAC_15554_20juin2006.doc
9 Tim Berners-Lee, de son nom complet Sir Timothy J. Berners-Lee, né le 8 juin 1955, est l'inventeur du World Wide Web. Il préside aujourd'hui le World Wide Web Consortium (W3C).
CDG 22 : pour un Web accessible... maintenant !

La photo sur
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Cette envie de raconter avec honnêteté le monde qui l'entoure,
Après le bac, le jeune Fabrice passe d’abord par l’IEP de Grenoble puis par l’Institut Français de Presse à la faculté d’Assas, avant d’intégrer le premier DESS consacré à la communication, politique et animation locales de Paris I. Son mémoire porte alors sur les enjeux de la communication territoriale et politique de


Agence lorraine dirigée par
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Internautes Territoriaux, fondée en 1998, souhaite rassembler les acteurs des collectivités locales sur Internet, afin de mettre en commun leur expérience, partager leurs réflexions et
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Contribuer à promouvoir le développement durable en recueillant les voix des personnes impliquées dans des projets actifs de protection de l’environnement, de défense des droits de
l’homme, de commerce équitable et de micro-finance : tel est l'objectif de cette association fondée par Sarah et Christophe, deux jeunes Nancéens partis faire le tour d'Asie à vélo pendant deux
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Fondé il y a 25 ans par Alain Richard et André Santini, le Forum pour la Gestion des Villes et des Collectivités
Territoriales est une association Loi 1901 indépendante et pluraliste qui promeut l’échange entre les acteurs des territoires. Tout en proposant des formations pointues, le Forum organise de
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