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par Franck Confino
C’est Loïc Le Meur qui avait relayé en premier l’existence de Paris Riots sur son blog, en précisant qu’il n’avait pas testé le jeu. Le post avait suscité
un grand nombre de réactions « à chaud » et commentaires indignés. Puis, lorsque Fabrice
Jobard aborda le sujet à son tour, l’idée nous est venue d’aller plus loin. Histoire du « plus grand pied de nez aux médias du XXIe siècle »…
Si le sujet sort du cadre « territorial », ce cas d’étude reste très révélateur et riche d’enseignements : on ne contrôle pas ce que dit la presse… surtout quand elle ne comprend pas – ou ne veut pas comprendre – ce qu’on a cherché à dire !
« La récupération ne connaît pas de limites » : c’est par ces mots que Saïd Mahrane débute son article dans Le Point (15 juin 2006, n°1761, page 12) en parlant de Paris Riots. Le journaliste ne croyait pas si bien dire : en tombant dans un piège vraiment grossier, il allait lui-même démontrer que, s’il y a bien une chose qui ne connaît pas de limites, c’est la récupération médiatique !
« Depuis quelques jours, un site Internet propose à ses visiteurs le téléchargement d'un jeu vidéo s'inspirant des émeutes de l'automne dernier, "le plus grand conflit du XXIe siècle"... Son nom : Paris Riots. », écrit Saïd Mahrane. « Le plus grand conflit du XXIe siècle... c’est tellement absurde que je ne pensais pas qu’on puisse le prendre au pied de la lettre, commente l’auteur avec un sourire désabusé. Si on y réfléchit deux secondes, le XXIe siècle n’a que cinq ans : c’est donc risible ! »
Pourtant le journaliste du Point en rajoute dans le pathos : « le joueur plonge dans une certaine réalité de la "guerre" des banlieues. "Combattez le mal du côté des bons", "Défendez votre camp de l'ennemi", "Pas de paix, pas de rémission, il n'y a que la guerre", peut-on lire sur l'écran, l'ensemble habillé d'une musique anxiogène. ».
Après tout, qui ne s’est jamais fait piéger par un hoax ? Mais là où Saïd Mahrane se fourvoie totalement, c’est en étayant son propos de phrases telles que « L’ennemi désigné est un jeune incendiaire basané en tenue de sport ». Car, dans Paris Riots, les « ennemis » sont invisibles. L’auteur du jeu explique : « Je n’ai fait que traduire le "spectacle médiatique" de l’automne dernier sur un autre medium. A la télé, la caméra était toujours derrière des policiers sans jamais montrer "d’ennemi". Dans le jeu, c’est pareil : on garde le même point de vue. Je ne sais pas qui sont les émeutiers, donc c’est simple : il n’y en a pas ! Dans cette « guerre » il y a d’un côté une armée présentée - la police, structurée et ordonnée - et de l'autre : rien. »
Dans un flash d’information, un autre journaliste de France Bleue annonce : « Entre récupération et apologie de la violence, un jeu vidéo fait scandale. Téléchargeable gratuitement sur Internet, il met les joueurs dans la peau de policiers chargés de réprimer les émeutes de banlieue. Les policiers, justement, se disent indignés ». Facilité du « raccourci journalistique » : on cherche cette fois à occulter la dénonciation médiatique pour mettre en porte-à-faux le jeu et la police. Pourquoi s’indignerait-on lorsqu’un jeu place le joueur dans la peau d’un policier… alors qu’un des jeux les plus vendus chez les jeunes (GTA III) nous met dans la peau de braqueurs et autres bandits de rue ? « Dans beaucoup de jeux vidéo on joue le gangster, on évolue dans le milieu de la pègre et on casse du flic. Ce n'est même pas ma position qui chagrine le public, c'est le sujet. Il ne faut pas parler des émeutes en banlieues, ça a l'air tabou. » conclut l’auteur.
Plus d’une personne sera surprise en découvrant qui est en réalité « ce mystérieux Michel K. » dont Le Point n’a pas pris la peine de diffuser le droit de réponse. Pour blog-territorial, l’auteur tombe le masque et l’on découvre, non pas un hystérique au crâne rasé comme l’avait fantasmé une certaine presse, mais un jeune étudiant « bien sous tous rapports », fraîchement diplômé des Beaux Arts et nommé Sylvain Gaillard !
« J’ai reçu beaucoup de lettres d’insultes. On m’a fait passer pour un raciste, un membre du Front National, alors que mon projet est à prendre au 36e degré ! », confie Sylvain.
Alors, quel est le sens de cet Objet Ludique Non Identifié qui se targue d’être « le jeu officiel des émeutes de Paris » ? Paris Riots n’est en réalité qu’un terrain de réflexion et d’opinion.
Reprenant le moteur 3D de Medal Of Honor Allied Assault, Paris Riots peut ainsi s’installer comme simple «patch » de votre jeu de guerre favori. Sauf que les soldats alliés sont des policiers armés de flashball, et qu’en guise de plages de Normandie, vous débarquerez cette fois dans les alentours de Clichy-sous-Bois ! «Le monde entier a vu Paris à travers cette vision des médias. Et je trouvais qu’il y avait, dans cette mise en scène médiatique, un vrai mimétisme avec les images du Débarquement lors de la Seconde Guerre mondiale.»
Un jeu réellement « jouable » mais qui n’a jamais eu vocation à être commercialisé. Son côté « amateur » permet à l’auteur de faire passer librement ses idées… et de se moquer librement des médias, qu’il remercie sur son site (mode ironique « on ») : « Je fais un remerciement spécial aux medias qui pour moi ont participé à la diffusion et à la création de cette guerre. Sans eux Paris Riots n'aurait jamais existé… »
Et de reprendre plus sérieusement : « C’est évidemment cette récupération médiatique, que je dénonce à travers Paris Riots, qu’il ne faut surtout pas prendre au premier degré. Mais je n’ai aucun message politique anti-policier ou anti-jeune de banlieue. Ce qui m’intéresse c’est de faire réfléchir, de susciter la réaction. » Pour ce qui est de susciter la réaction, le pari est gagné !
ILS EN PARLENT - LE BUZZ :
Fabrice Jobard : "Paris Riots, le scoop"
France Blogs : "Quand les grands journaux dérapent, ce son les blogs qui les rattrapent"
Docteur Web : Blogosphère et journalisme"
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Franck
Confino et Philippe Deracourt tiendront les 15 et 16 juin un cycle de conférences auquel pourront assister les étudiants en formation continue de Sciences po Lille, sur le thème du web 2.0
au service des collectivités.
Organisées par ID communes, la 12e édition aura lieu le mardi 16 juin, 19h, au bar-restaurant
"Les parigots", 5 rue du Château d'eau (Paris 10e), Métro République.
L'album 2006-07 - L'album 2007-08
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