Dans leur article publié en début de semaine dernière sur le monde.fr, Florence
Durand-Tornare et Anna Angeli développent le problème des inégalités numériques entre les établissements
scolaires des différentes collectivités territoriales de l'Hexagone, mais aussi entre la France et ses voisins européens.
Au-delà du débat lancé par la déléguée générale et la chargée du projet Écoles
Internet de l'association Villes Internet, c'est un problème plus large qui divise les citoyens : l'informatique à l'école, simple
gadget ou véritable outil pédagogique?
L'éducation nationale compte aujourd'hui un ordinateur pour un peu plus de 12 élèves quand le Royaume-Uni ou la Finlande en
comptent un pour cinq. C'est la première chose que relèvent les deux auteurs dans le rapport du député UMPJean-Michel Fourgus, Réussir l'École Numérique. Le constat est ici
clair et sans appel, la France est en retard sur l'informatisation de son système scolaire !
En France, c'est 1 ordinateur pour 12 élèves. Au Royaume-Uni, c'est 1 pour
5!
En retard sur ses voisins européens, la France est au sein même de ses terres très inégales quant au développement des
ordinateurs à l'école. Quand certaines collectivités s'impliquent pleinement dans des programmes de développement informatique, d'autres ne suivent pas.
Le Conseil Général des Bouches-du-Rhône sert d'exemple. Au delà des
subventions que le "CG13" accorde à ses établissement pour s'équiper ou encore du personnel destiné aux suivis des élèves pour les aider à mieux connaître et comprendre les ordinateurs, ce ne
sont pas moins de 25000
ordinateurs portables qui sont donnés chaque années aux collégiens de 4e et aux nouveaux élèves de 3e arrivant dans le 13.
Les Bouches-du-Rhône confirment avec cette opération l'une des idées fondamentale qu'évoquentFlorence
Durand-Tornare et Anna Angelidans leur article : "le problème ne vient pas tellement du
manque d'équipement", mais davantage de la "faiblesse de la volonté politique nationale ainsi que de l'absence de feuille de route globale".
Du rapport Fourgus ont donc émergé 70 propositions pour rattraper le retard de la France dans ce domaine.
Les outils numériques dopent la motivation des étudiants
Alors concrètement, à quoi servirait ce plan national ? Les rédactrices expliquent que "les analyses de ce rapport
montrent que les outils numériques dynamisent l'apprentissage, améliorent les capacités de lecture et de compréhension des mathématiques et réduisent l'échec scolaire".
A l'heure où la quasi-totalité des jeunes utilisent régulièrement un téléphone portable et/ou un ordinateur chez eux, pourquoi en
effet ne pas jouer sur l'attirance de ceux-ci pour les écrans ?"FDT" et "AA"développent une idée intéressante : n'y a t'il pas une déconnection entre ce qu'apprennent les jeunes à l'école et ce qui les
attends dans la vie active?
En un sens, le constat est indéniable. Quand l'informatique est désormais totalement indispensable dans le monde de
l'entreprise, comment imaginer encore des individus arriver sur le marché du travail sans maîtriser l'outil de manière professionnelle ?
De plus, l'informatique pourrait permettre un meilleur suivi des élèves ainsi qu'une formation plus individualisée.
Sans oublier que les enseignants ne travailleraient plus de manière isolé. Enfin la fin des remarques "Vous avez dû voir ça avec votre prof d'Histoire, non?"
Objectif ? Gagner en temps et en efficacité ! Que demander de plus ?
L'informatisation, OK ! Mais à quel prix ? Et pourquoi ?
Dans l'idéal, c'est vrai qu'un investissement massif dans ce domaine pourrait s'avérer profitable vu les arguments
énumérés ci-dessus. Mais dans son rapport, le député recommande la modique somme d'un milliard d'€uro !
En dehors du coût, aussi faramineux qu'il soit en période de réforme budgétaire, la question de
l'utilité des ordinateurs à l'école divise les citoyens. Toujours en s'appuyant sur l'article du monde.fr, les commentaires laissent perplexes :
"On n'a jamais eu besoin d'ordinateurs pour enseigner à lire, écrire et compter","Que viennent faire les ordinateurs dans cette histoire?".
Le Figaro ouvrait lui un autre débat
la semaine dernière dans son édition de jeudi. Le quotidien nous dévoilait une étude sur l'utilisation des téléphones portables par les étudiants en cours. Vu la difficulté qu'ont les jeunes
àmaîtriserleurs utilisations des outils numériques, il faudrait pour mettre en place un véritable système
éducatif informatique performant, contrôler en permanence l'ensemble des ordinateurs des étudiants, maîtriser l'utilisation qu'ils en font et donc, de bloquer un grand nombre de
services.
Possible ? Oui Bien sur ! Sauf que ce queFlorence Durand-Tornare et Anna Angeli mentionnent dans leur article "La notion du "prof qui sait", face
à un élève "page blanche" est désormais révolue", se confirme dans un sens quelque peu plus embêtant. Les jeunes semblent aujourd'hui avoir une longueur d'avance face aux professeurs dans l'utilisation des ordinateurs et dans l'art de tout
débloquer.
L'informatique à l'école?Blog-territorialvous ouvre le débat...
Obtenir toute l’information en deux clics, avoir 300 amis et un amoureux virtuel, garder contact avec les copains de la maternelle, ça parait simple et naturel pour les enfants du 21e siècle qui
sont nés et grandissent avec Internet. Une nouvelle donne face à laquelle les parents se sentent parfois un peu dépassés.
"Tous enfants de Bill Gates ?" était le thème de l'une des conférences à laquelle nous avons assisté à l'Université d'été du Medef début septembre. Alors, Internet et nos enfants, danger ou réalité à laquelle il faut
s'adapter?
Du côté des parents
Nathalie
Kosciusko-Morizet, secrétaire d’état chargée de la Prospective et du Développement de l’économie numérique, a introduit cette conférence en parlant d’Internet comme d'"une véritable
révolution" qui emballe les enfants mais qui laisse parfois les parents sur la défensive. 64% des enfants vont seuls sur le net et, ce qui n’était encore pas le cas l’année dernière, 30% d’entre
eux surfent sur Internet avec leurs portables ! Ce qu’ils y font ? Le plus souvent, ils rentrent en contact avec de nouveaux amis, regardent des vidéos ou écoutent de la musique en ligne. Au
grand désespoir (ou non) de leurs parents, souvent "largués" : panique face à cet outil qui réserve toujours de nouvelles surprises, non compréhension… beaucoup voient le côté négatif d’Internet.
Christine du Fretay, présidente de l’association e-enfance considère qu’une "nouvelle éducation est nécessaire" aujourd’hui. Son
association rassure les parents et les aide dans cette démarche d’adaptation à un monde qui change.
Internet, le "rêve de Diderot"
En effet, la vie des enfants (et des autres) change avec la toile ; et en bien selon le philosophe Vincent
Cespedes qui nous parle d’Internet comme du "rêve de Diderot" qui tentait déjà à son époque de "populariser" le débat et les idées nouvelles. Si beaucoup reprochent
au net, et notamment aux réseaux sociaux de plus en plus utilisés par les jeunes, d’exhiber la vie privée et de rentrer dans l’intimité des utilisateurs, Vincent Cespedes pense que les jeunes
ont besoin de cette reconnaissance de leurs pairs pour se sentir exister. D’autre part, il insiste sur le rapport au savoir et à la connaissance qu’introduit Internet et sur l’avancée
démocratique qu’il constitue.
C’est finalement autour de la thématique "Internet : un bien ou un mal pour nos enfants (et pour nous)" que s’est
déroulée cette conférence. Une question demeure cependant : si les bébés naissent aujourd’hui une souris à la main, qu’en sera-t-il des enfants des enfants de Bill Gates ?
Le débat s'est poursuivi dans la soirée sur le plateau de la Medef TV où plusieurs blogueurs se sont réunis autour de Frédéric-Michel Chevalier pour
partager leurs réflexions sur les "générations numériques".
La Fondation pour l’Innovation Politique a publié un document de travail intitulé « Mesurer le bonheur : des indicateurs pertinents pour la
France ? ». La richesse monétaire semble ne pas être essentielle au bien-être de la population. Au cœur des réflexions de l’OCDE, le progrès rime avec bien-être et prend en compte
les aspects économiques, mais aussi sociaux et environnementaux.
Jusqu’ici le bonheur était mesuré avec des critères comme le PIB. Or, l’argent ne fait
pas le bonheur… Pourtant nous voulons toujours plus de richesses, que nous obtenons au fil du temps sans que nous soyons pour autant plus heureux. Ni même la santé n’améliore notre degré de
bonheur selon les différents sondages menés aussi bien aux Etats-Unis qu’au Japon ou encore en Europe.
L’évaluation du bonheur n’est pas qu’une interrogation philosophique ou sociale, elle est également économique. Car le bonheur joue sur la croissance, nous dit
Raphaël Wintrebert* auteur du document de travail.
L’étude de Diener & Suh indique que les personnes heureuses contribuent mieux à la prospérité d’un pays, Kenny estime même que l’impact du bonheur sur la
prospérité économique est plus prononcé que celui de la croissance économique sur le bonheur. Les personnes heureuses sont en général plus créatives, plus entreprenantes dans les relations
interpersonnelles, plus aptes à gérer des situations difficiles, plus aimables, plus altruistes, plus à l’aise dans les prises de décision. L’argent ne fait pas le bonheur, mais le bonheur
semble faire l’argent…
L’impact du bonheur sur la prospérité économique est plus prononcé que celui de la croissance économique sur le bonheur
La réflexion sur le bonheur devient l’objet de recherche de Daniel Kahneman et Alan Krueger, prix Nobel d’économie en 2002, qui ont l’ambition de créer un
indice du « Bonheur Intérieur Brut » (BIB). En France, cette idée trouve un écho politique. Désormais, des indicateurs de progrès durable, lié au bonheur, se mettent en place.
Pourtant l’idée de mesurer le bien-être de la population n’est pas nouvelle. Au début des années 1970, deux économistes américains proposent une mesure du
bien-être économique (Measure of Economic Welfare, MEW), élaborée à partir du PNB. Ils proposent de classer la consommation en positif tout ce qui est censé améliorer le bien-être et en négatif
tout ce qui le minore. Les Japonais ont également élaboré une telle mesure (Net National Welfare).
En 1990, l’ONU met en place l’indice de développement humain (IDH) pour mieux prendre en compte
les multiples éléments disparates qui participent à l’épanouissement de la personne aux différents âges de la vie. Or l’IDH limite son champ d’investigation à trois critères : la longévité
(santé), l’éducation et le niveau de vie.
En France, nous avons le Centre d’Etudes et de Recherche sur l’Economie du Bien-Être (CEREBE), les premières Données sociales de l’INSEE (1973), la mise en
place par l’OCDE d’une liste d’indicateurs sociaux destinée à mesurer la qualité de la vie (1981) régulièrement actualisée.
Cependant, tous ces outils peinent à donner une vue synthétique de la situation d’un pays et ne permettent pas la comparaison internationale. Aucun consensus
n’ayant été trouvé, le débat s’est porté sur la pertinence de telles études, sur une notion aussi subjective que le bonheur.
Un nouveau courant de recherches, avec en tête Ruut Veenhoven, créateur de la base de
données mondiale « World database of happiness », pense que « le bonheur peut être défini comme une jouissance subjective de la vie dans son ensemble. En ce sens, le bonheur n’est
pas un concept illusoire. Il peut être conceptualisé et mesuré ». Le bonheur varie aussi bien à l’échelle de l’individu qu’à celle d’un pays. Les variations de la qualité de vie dans un pays
joue un rôle pondérable dans la mesure du bonheur. Il n’est donc pas uniquement une affaire intime.
Mesurer le bien-être : une mission impossible ?
Deux grandes perspectives, éventuellement associées, sont développées : l’une se fonde sur des données « objectives » et vise à mesurer l’état de richesse
d’un pays et le confort dont doivent logiquement bénéficier ses citoyens ; l’autre se fonde sur l’appréciation « subjective » des citoyens eux-mêmes de leur situation. Suivant l’orientation
privilégiée et les critères d’évaluation retenus on obtient ainsi une multitude de données et d’indices.
Force est de constater que les résultats sont très disparates. Plus on agrège des indicateurs divers afin d’obtenir un chiffre censé exprimé le « bonheur
général » de l’humanité, plus on schématise les données et plus on s’éloigne du réel. Deux problèmes majeurs se posent. La question de l’échelle d’analyse privilégiée : une évolution
moyenne peut très bien être contredite par une dégradation localisée. La question des liens de causalité : pour démontrer que la mondialisation joue sur le bonheur ou le malheur mondial, il
faudrait pouvoir dégager des chemins de causalité.
Si la comparaison internationale semble improbable, les différentes études permettent d’identifier des facteurs essentiels au bien-être. « Les gens
sont nettement plus heureux dans les pays plus riches, sécuritaires, libres, égaux et tolérants. Ensemble, ces qualités sociales expliquent plus de 63 % de la variation du bonheur moyen !
Les améliorations dans les conditions sociétales tendent à être suivies par une augmentation du bonheur moyen ».
En France
D’une manière générale, on constate un fort contraste entre le sentiment de bonheur individuel et une crainte de plus en plus forte pour l’avenir au niveau
collectif, ou encore le regard négatif que porte les Français sur leur pays.
D’après une enquête réalisée en 2004, la famille, les enfants et la santé dominent largement l’ensemble des facteurs rendant les Français heureux. C’est
donc la sphère privée qui prime sur le travail ou la richesse. Cependant, il y a de grandes disparités en fonction du genre, de l’âge ou de la catégorie socioprofessionnelle.
Richesse
La corrélation entre richesse et bonheur est fonction des pays. Forte dans les pays pauvres, elle est assez faible dans les pays riches. L’augmentation des
aspirations contribue à rendre constant le sentiment de bonheur. À partir d’un certain niveau de revenu, le gain en bonheur lié à un revenu supplémentaire est faible.
36 % des personnes interrogées estiment que l’obstacle le plusimportant à leur bonheur est le revenu. Nié comme
facteur de bonheur présent, l’argent est assumé comme facteur de bonheur futur...
Le pouvoir d’achat constitue depuis plusieurs années une préoccupation essentielle pour 62 % des Français d’après une enquête de mars 2007.
Liberté
En janvier 2007, 52 % des Français estimaient que des trois valeurs énoncées dans la devise républicaine, la « liberté » était la plus importante.
Mais loin de considérer que la liberté est un acquis définitif, 59 % estiment qu’elle est menacée en France. Parmi les mesures jugées les plus
liberticides, on retrouve le croisement entre fichiers de données personnelles, le déremboursement des médicaments, les caméras de surveillance dans les lieux publics ou encore l’augmentation des
contrôles d’identité.
Les Français hiérarchisent les différentes formes de liberté. Par ordre décroissant d’importance viennent la liberté d’expression, la liberté de déplacement,
la liberté d’entreprise, la liberté de culte ou encore la liberté sexuelle.
Sûreté Sûreté physique
Interrogés en 2006 sur leur perception de l’insécurité et placés devant une dichotomie très tranchée, près de trois Français sur cinq (57%) considèrent qu’elle
est un phénomène qui ne cesse de s’aggraver, quand 39% estiment que c’est plutôt le sentiment d’insécurité qui s’accroît.
Autre dimension de la sûreté physique : la santé. Beaucoup de Français mettent en avant la qualité des soins ou la prise en charge de la fin de vie comme
facteurs déterminants de leur bien-être.
Sécurité professionnelle
Toutes les études montrent que le chômage a un fort effet négatif sur le bonheur des individus. Même si la perte de revenu liée au chômage est compensée, le
chômage est en soi un facteur très important de malheur (perte du lien social). Le chômage constitue la préoccupation principale des Français.
Sécurité légale
La justice est un des services publics dont les Français ont la moins bonne opinion. La confiance en la justice pourrait contribuer au sentiment de
bonheur.
Solidarité
L’importance du « lien social » est soulignée par les Français : en 2007, 69 % estiment que la « fraternité » est menacée en France et 80 % pensent que
l’« égalité » est menacée. Interrogés en 2004, plus de 80% des Français avaient le sentiment que les inégalités s’étaient un peu ou nettement aggravées en France au cours des années
précédentes.
L’inquiétude pour ses proches ou pour l’avenir de l’ensemble de la société peut affecter profondément le sentiment de bien-être. On peut ainsi utilement
identifier des dimensions pertinentes : confiance dans la famille, dans les relations amicales, participation sociale (associations bénévoles), perception de l’égalité/équité sociale (inégalité
des revenus, des sexes, d’éducation), de la tolérance (acceptation de l’homosexualité, de la prostitution, d’autres cultures)…
La réflexion sur le bonheur va se poursuivre tant le désir de dépasser les stricts indicateurs économiques est fort. Le Canada a par exemple lancé un grand
chantier en ce sens. Ses chercheurs élaborent actuellement un nouvel indice d’évaluation du développement national autour de sept domaines : le niveau de vie, la santé, l’organisation du temps,
l’éducation, la vitalité communautaire, l’environnement et la gouvernance. Chacun de ces domaines comptera jusqu’à une vingtaine d’indicateurs, allant du revenu des ménages à la quantité de
polluants émis dans l’atmosphère en passant par le niveau de bénévolat, le taux de décrochage scolaire, la récurrence de certaines maladies et le temps passé avec sa famille.
Pour en savoir plus :
Indicateurs de richesse et de bien-être. Des pistes de réflexion pour la commission Stiglitz Hors-série
Depuis plus de quarante ans on s’interroge sur les liens entre croissance économique, développement (économique, social et
environnemental) et bien-être. Conclusion : le PIB des sociétés développées ne cesse de croître quand, au mieux, le bien-être des individus stagne. Faut-il dès lors changer nos instruments de
mesure de la richesse ? En janvier 2008, le président Nicolas Sarkozy a confié au prix Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz l’animation d’un groupe de réflexion sur ce sujet. Cette étude
vise à ouvrir plus largement le débat et à proposer des orientations stratégiques.
Raphaël Wintrebert | Chargé de recherche Sociologue de formation, enseignant à l’université Paris-V, il travaille sur divers sujets parmi lesquels les politiques commerciales internationales, le capitalisme
financier, les indicateurs de bien-être ou encore la sécurisation des parcours professionnels. Il a récemment publié Attac, la politique autrement ? Enquête sur l’histoire et la crise d’une
organisation militante (La Découverte, 2007).
Il y a cent ans l’homme dormait en moyenne neuf heures par jour. Aujourd’hui, il ne passerait plus que six à sept heures sur l’oreiller. Essentiel à la
qualité de la vie, le sommeil semble poser problème dans une société vouée à la productivité et à la performance et au sein de laquelle les révolutions technologiques modifient notre rapport au
monde et à nous-mêmes.
Bien dormir c’est souvent pouvoir récupérer physiquement et psychiquement : le sommeil est essentiel au bon
fonctionnement de l’organisme, permettant au système cérébral et au corps de se régénérer. Il est de plus en plus montré du doigt, considéré comme une perte de
temps ou un acte de paresse...
On a estimé, il y a quelques années, qu’un être normalement constitué devait bénéficier en moyenne de huit heures et
quart de sommeil chaque nuit pour être en forme. Mais la durée idéale de sommeil est celle qui permet à chacun de se sentir reposé et d’avoir un bon
fonctionnement la journée. Elle varie, en fait, d’un individu à l’autre, la tendance étant tout de même à un raccourcissement du temps de sommeil quotidien. Selon les dernières études, le
quart de la population française dort tout au plus six heures par jour. Aux Etats-Unis, la durée moyenne du sommeil serait en chute libre avec moins de six heures par jour.
Il est clair que les obligations professionnelles (3x8, horaires décalés, service 24h/24), le développement des
nouvelles technologies, la consommation constante des mass media et les appels du pied quotidiens de la société des loisirs influent négativement sur notre rythme de sommeil, et du coup, sur
notre équilibre biologique. Combien sommes-nous à sentir monter le coup de pompe durant une journée de travail classique ? Manque de vigilance, baisse des performances, manque de
concentration, somnolence excessive… Près de 70 % des travailleurs postés disent avoir des problèmes de sommeil et souffrir de phénomènes proches du décalage
horaire. L’absentéisme lié au manque de sommeil concernerait 8% des actifs en France.
L’enquête SOFRES-ISV de 2004 révèle que
sept personnes sur dix ressentent des périodes de somnolence dans la journée, 6 % disent qu’il leur arrive de somnoler au volant. Presque du quart de la population française serait sujet aux
endormissements involontaires pathologiques ; le tiers de ces individus pouvant être considéré comme atteint de somnolence sévère.
Une société qui souffre de
son manque de sommeil
Outre la fatigue, le manque ou la privation de sommeil entrainent souvent la somnolence excessive responsable, par exemple, de
20 % des accidents de la route. Sur les 2,5 millions de personnes concernées - soit 8 % des Français, tous les âges se retrouvent. Les jeunes semblent cependant
plus fragiles face à la privation de sommeil : en 30 ans, ils ont perdu deux heures de sommeil par jour.
Les méfaits d’un manque de sommeil peuvent se traduire par la dépression, l’irritabilité accrue, l’instabilité
psychomotrice ou la perte d’attention et de concentration. Certains jeunes éprouveraient même du mal à assumer leurs actes. Une étude menée en 2005 auprès de 520 collégiens en classe de
Sixième a montré que l’altération des résultats scolaires pouvant conduire à l’échec scolaire était souvent liée au manque de sommeil.
Des répercussions graves
Les chiffres récents qui
figurent dans le rapport remis en 2006 àXavier Bertrand, ministre de la Santé, sont inquiétants... 50 % des Français se
plaignent de leur sommeil. Un tiers souffrirait d’insomnies liées à un état de stress et d’anxiété fort. 10 % des personnes souffrant de troubles du sommeil prendraient des médicaments pour
dormir.L’étude TNS Healthcare révèle que plus du quart de la population française souffre de troubles du sommeil, 45 % des actifs français disent manquer d’énergie et de
dynamisme au travail et que 29 % ont des problèmes de concentration dans leurs activités professionnelles (...)
Ces chiffres ne surprennent
guère si nous considérons le fait que 25 % des Français dorment moins de six heures par jour.
La privation de sommeil est grandissante en France. Elle trouve son explication dans nos modes de vie et de travail. Les conséquences sur la santé peuvent être
dramatiques, sans pour autant nous inciter à changer notre rythme quotidien. Le manque de sommeil constitue un risque accru dans le développement de pathologies lourdes comme l’infarctus,
l’hypertension artérielle, la prise de poids, l’obésité, la dépression et même le diabète.
Le manque de sommeil engendrerait un vieillissement prématuré. En dormant seulement quatre heures par nuit pendant six nuits consécutives, un jeune de 20 ans
présenterait les mêmes caractéristiques physiologiques qu’un individu de 60 ans. Le Dr Eve Van Cauter a montré notamment que la production de cortisol, hormones du stress, grimpait rapidement,
causant hypertension et perte de mémoire.
Un impact économique exorbitant
Le rapport remis à Xavier Bertrand souligne encore l’absence ou le manque de
formation des médecins sur les problématiques du sommeil ; des délais de prise en charge très ou trop longs (il faut un délai de 11 ans entre le premier symptôme et le diagnostic d'une
narcolepsie !), le manque d’information du grand public sur le sommeil et ses troubles. Il met aussi en lumière la non-reconnaissance de la part de la santé publique du caractère indispensable
du sommeil. Ce qui tendrait à expliquer en partie qu’en France : 77 % des personnes souffrant de troubles du sommeil ne sont pas prises en charge ; 85 % des troubles ne sont jamais
diagnostiqués ; et 75 % des narcoleptiques ne sont pas médicalement pris en charge.
Le déficit de sommeil représente un coût global considérable pour l’économie d’un état. Il avoisinerait les 100 milliards de
dollars chaque année aux Etats-Unis dont presque la moitié est directement imputable à des accidents liés aux troubles du sommeil. En France, seule une personne sur cinq est traitée pour
troubles du sommeil. Entre absentéisme (5 semaines d’arrêts de travail supplémentaires pour un individu souffrant du syndrome d’apnées du sommeil),
chute de la productivité et de la performance, baisse de la vigilance engendrant des accidents au travail et sur la route, augmentation du nombre de personnes souffrant de troubles du sommeil
(plus de 80 maladies s’y rattachent), la France est en train d’emprunter le même chemin que les Etats-Unis. On sait, par exemple, que le coût direct imputé à l’insomnie chronique représentait
1,55 milliards d’euros en 1999. Il faut savoir, aussi, que les personnes souffrant d’insomnie sévère consultent deux fois plus leur médecin, sont plus souvent hospitalisées et consomment 2,6
fois plus de médicaments. Les maladies du sommeil non-prises en charge peuvent engendrer des coûts sociétaux très lourds avec notamment des accidents vasculaires cérébraux, de l’hypertension et
des dépressions quelles que soient les tranches d’âges. Les troubles du sommeil sont l’une des causes principales de l’institutionnalisation des personnes âgées.
Il est évident que l’homme moderne dort peu et dormira sans doute encore moins dans les années à venir. Le sommeil est désormais un enjeu et mérite qu’on lui
accorde une attention toute particulière. Il nous semble important de l’inscrire comme une cause majeure de santé publique.
Une étude a prouvé que les Français dorment en moyenne 6h par nuit au lieu des 9h de l'homme pré-historique et des 8h recommandées. Ce
manque de sommeil a de graves conséquences sur la santé et le psychique. Il faut dormir plus ! .
Dans sonrapport sur l’alcoolisme en France,Hervé Chabaliersoulignait l’importance de "l’émergence de relais d’opinion sur la question pour relancer
la politique de santé publique en matière d’alcool." L’alcool est la deuxième cause de mortalité en France, mais bénéficie toujours d’un regard plus conciliant contrairement à la cigarette.
Retour sur un vrai problème de société.
Cinq millions de Français sont des consommateurs d’alcool réguliers ! À l’origine de 45.000 décès en moyenne par an, dont plus de 10.000 cancers et 9.000 cirrhoses, l’alcool est un
véritable fléau qui touche toutes les générations. Tous les ans, 6.000 enfants en moyenne naissent avec des malformations causées par une consommation régulière d’alcool durant la grossesse.
600.000 femmes sont des alcoolo-dépendantes.
Les Français et l’alcool : le problème est grave
Les chiffres parlent
d’eux-mêmes... Les Français ont un problème avec l’alcool qui fait partie depuis des générations de leur culture. On l’associe volontiers au terroir, aux traditions préservées, à
la gastronomie qui font notre renommée partout dans le monde. C’est l’adjuvant aux plaisirs festifs, aux bons moments entre amis, au savoir-vivre. 42,5 millions de Français avouent consommer de
l’alcool durant l’année. 39,4 millions sont des consommateurs réguliers (3 fois par semaine pour les adultes, 10 fois par mois pour les adolescents). En 2005, 15 % des adultes ont reconnu avoir
eu une période d’ivresse. On estime que deux millions de Français sont des alcoolo-dépendants. La France est l’un des pays qui consomme le plus d’alcool en Europe. Le vin est évidemment le
préféré des 18-75 ans. Le premier verre est consommé dès 14. Les conséquences, quant à elles, font peur :
- Entre 700 et 3.000 enfants susceptibles d’être atteints du syndrome d’alcoolisation fœtale à l’origine de graves handicaps
- 1 accident du travail sur 5 est lié à l’alcool
- 1 accident de la route sur 3 est imputable à l’alcool (900 décès en 2004)
Les jeunes, cible privilégiée des alcooliers
19 % des adolescents de
sexe masculin de 17 à 19 ans sont des buveurs réguliers. L’ivresse est recherchée ; elle est souvent associée à la prise d’autres produits comme le cannabis et l’ecstasy. Première cause de
mortalité chez les 15-30 ans, l’alcool est aussi à l’origine de comportements extrêmes : relations sexuelles non-protégées, suicides et violences. Entre 2000 et 2003, les études révèlent une
hausse de la consommation d’alcool de 4,4 % chez les jeunes, passant de 10,9 % à 14,5 %. Le rapport Chabalier rappelle d’ailleurs que les jeunes, cible privilégiée que les alcooliers souhaitent
fidéliser.
Alors que la consommation de tabac a été ramenée entre 2000 et 2003 de 41,9 % à 38,1 % chez les personnes âgées de 17 ans, la consommation d’alcool décolle, en 2003, passant de 16 % à 21,2 %. La
montée en puissance des Premix et des alcopops
est éloquente en France. Ces produits dérivés rendent flou la distinction entre boisson alcoolisée et non-alcoolisée....
Placés dans les rayons des jus de fruits et des sodas dans les grandes surfaces, ils séduisent même les parents qui en achètent pour les fêtes et anniversaires de leurs enfants. Boire un
Premix revient pourtant à consommer une bière de 25 cl, 4 cl d’alcool fort ou un verre de vin. Les jeunes sont aussi en
première ligne sur la route. 38,5 % des accidents de la route concernaient un jeune âgé entre 18 et 24 ans, soit presque 1 tué par jour. Certes les chiffres s’améliorent nous dit la Sécurité
routière. Mais avec 1.300 tués, 31.666 blessés graves et 8.982 blessés légers, le bilan demeure lourd... La hausse des accidents dus à l’alcool chez les 18-24 ans est toujours d’actualité
!
L’alcoolisme a un coût social exorbitant
L’alcoolisme a évidemment des répercussions économiques importantes pour la collectivité : plus de 17 milliards d’euros soit 1,42 du PIB. Avec un bilan dramatique : 45 000 décès prématurés et
environ 60 000 autres imputables à l’alcool. À titre de comparaison, le coût social du tabac représente 0,8 % du PIB, celui des stupéfiants 0,16 % du PIB. Les discours simplistes consistent à
dire que légiférer est une atteinte à la liberté individuelle. Mais pourquoi alors avoir légiféré aussi sévèrement sur la cigarette ? La même logique devrait donc s’appliquer à ce qui nuit à
la santé publique et à la collectivité en général, d’autant plus que la lutte conte le cancer est l’une des priorités du Président de la République. Il faut croire que le lobby économique pèse
lourdement dans la balance des décisions. Le marché des alcools génère en moyenne un chiffre d’affaires de 13 milliards d’euros.
Il représente 60 % de l’excédent des échanges commerciaux agroalimentaires en France. Prendre des mesures aussi répressives que celles contre la cigarette est-il concevable dans notre pays, qui
est rappelons-le le cinquième producteur européen ? Il y a là une hypocrisie évidente qui montre que les logiques économiques l’emportent sur la santé publique. La lutte contre l’alcoolisme
passe sans doute par des prises de consciences. Mais peut-on lutter efficacement contre un tel fléau ? A priori non si nous considérons les simples faits suivants. Le budget de communication de
tous les alcooliers réunis, hors presse gratuite, était en 2003 de 237 505 000 euros selon TNS Media Intelligence. Le budget de communication de l’INPES pour la prévention était, en 2005, de 4,5 millions d’euros seulement. Une goutte d’eau dans les 13,1 litres d’alcool pur consommés par habitant de 15 ans ou plus
durant l’année (chiffre 2004) ! Même si désormais l’Irlande et la Tchéquie devancent la France en matière de consommation d’alcool en Europe, il y a de quoi être perplexe tant l’engagement
citoyen sur la problématique de l’alcool demeure faible en France.
Un Mexicain de 550 kilos, considéré comme l'homme le plus gros du monde vient d'être admis dans un hôpital de Modène pour perdre sa masse
graisseuse. Aux Etats-Unis, les écoles sont souvent sponsorisées par de grandes marques de boissons gazeuses et autres confiseries. On y trouve ainsi des distributeurs de boissons, des publicités
dans les livres et les cahiers des écoliers. L'école est, il est vrai, privée mais la même chose pourrait arriver en France si nous considérons la volonté affichée de libéralisation économique
européenne.
Si 50 % de la population américaine a une surcharge pondérale,le chiffre n'estparlant que sinous soulignons que
l'augmentation est énorme depuis
les années 60 : +40 % de la population. D'ici 2030, 100 % des Américains seraient obèses. Le phénomène des «couch
potatoes»* inquiète l'OMS qui souligne que 5 à 10 % de la population mondiale souffre d'obésité.
La France compterait presque 6 millions d'obèses. Le chiffre progresse depuis 1997. On estime que 13 millions de personnes seraient
en surpoids soit plus du tiers de la population. D'ici 2020, 20 % des Français seront considérés comme obèses. Pour mieux apprécier le phénomène, les Français ont pris 800 grammes de plus entre 1997 et 2000 et gagné
presque un tour de taille. Il n'est guère étonnant de lire que les entreprises vestimentaires sont en train de revoir la nomenclature des tours de taille à la hausse. Environ 55 000 décès par an sont dus
à un problème d'obésité, soit
presque 8 fois plus que les accidents de la route.
Les études entreprises depuis 1997 révèlent que les femmes sont les plus touchées. Rien d'étonnant de voir que les magazines féminins regorgent chaque saison de conseils pour
perdre du poids et réussir son régime. Si les troubles de comportements alimentaires (anorexie et boulimie) ne cessent d'augmenter, le plus inquiétant demeure l'obésité des enfants.
L'enquête de l'INSERM du 20 juin 2000 réalisée auprès de 11 000 enfants de 2 à 17 ans révélait que plus de 13 % d'entre eux souffraient d'un problème de surpoids ou d'obésité. L'évolution des comportements alimentaires inspirés des pays
anglo-saxons, la sédentarisation ainsi que les longues séances télé ou jeux vidéo, transforment progressivement de nombreux jeunes en "couch potatoes".
Un enfant sur dix , entre six et douze ans, est touché par l'obésité. Aux Etats-Unis, 20 % des enfants seraient concernés par les problèmes de
surpoids.
Si l'obésité devient un problème de poids pour la santé mondiale, les nouvelles mesures envisagées en France vont-elles pour autant changer le
mode de vie qui s'américanise de
plus en plus ? Dans ce contexte, ce sont les familles les plus démunies qui semblent les plus touchées. Le développement notamment de la restauration rapide et de la société de
consommation de masse, dont 50 % de la clientèle a moins de trente ans, a de quoi laisser perplexe.
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